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mentaires, afin de démontrer que cet engagement était purement civil, qu'il n'entraînait aucune conséquence, contraire à la religion; en un mot, qu'il n'obligeait pas à défendre une constitution qu'on pouvait ne pas approuver, mais seulement à ne point s'y opposer.

Par arrêté du même jour, on autorisa à disposer pour l'exercice du culte catholique des édifices qui y étaient originairement consacrés. Le clergé demanda presque aussitôt l'usage exclusif des églisės, que les lois avaient aussi affectées à la célébration des cérémonies décadaires. Le ministre de la police répondit que « le gouvernement voulait que tous les cultes fussent libres, et qu'aucun ne fût dominant. » On comprend qu'il résultait souvent de la concurrence des cérémonies du culte et de celles des dé. cades, de graves embarras qui ne cessèrent que quelque temps après , lorsque l'on renonça à l'institution du décadi, et que l'on en revint à celle du dimanche. A Paris, les prétentions des théophilanthropes qui continuaient leurs exercices, étaient une autre cause de scandale ; mais le gouvernement, malgré la clameur publique, n'osait pas encore supprimer leurs ridicules parades. Il se montrait disposé, d'ailleurs, en toutes choses à réparer les maux faits par les hébertistes. Ainsi, lorsque se présenta la question de savoir si les prêtres insermentés pouvaient reprendre leurs fonctions moyennant la simple promesse de fidélité à la Constitution, le ministre de la police répondit affirmativement, le 26 prairial. Était-ce par sentiment religieux que le pouvoir agissait ainsi ? On ne peut le croire. Le ministre de la police Fouché était un apostat incrédule, et les autres membres du gouvernement n'étaient pas plus croyans que lui; mais on savait que cette conduite plaisait aux masses; et, en effet, elle les rattacha à la fortune des nouveaux gouvernans.

Enfin, le 9 nivose, les consuls ordonnèrent que de pompeuses obsèques honorassent les restes du Pape Pie VI qui était mort à Valence, en Dauphiné, à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Pie VI, chassé de Rome par les armées républicaines, avait été d'abord confiné dans un couvent en Toscane, puis amené en France lors

de nos désastres en Italie. Si le directoire s'était montré dur à son égard, il n'en avait pas été de même du peuple. Ce prince de l'Église put voir par ses propres' yeux que la foi n'était pas éteinte dans le corps de cette nation qui avait été appelée la fille aînée de l'Église.

Tels furent les actes principaux qui précédèrent l'entrée en fonctions du tribunat et du corps législatif.

La session du nouveau corps législatif s'ouvrit le 14 nivose (1 janvier 1800). Le premier jour fut consacré à l’élection des bureaux. Daunou fut élu président du tribunat , et Perrin , du corps législatif. Dès le second jour, il y eut dans la seule des fraclions de ce corps où il fut permis de parler , dans le tribunat , un semblant d'opposition. Elleeut lieu sur un sujet bien futile. Riouffe, par motion d'ordre, parla contre le singulier costume imposé aux tribuns. Thiessé s'éleva contre l'abus des motions d'ordre, et en particulier contre celle de Riouffe ; il demanda qu'on adoptât une forme meilleure et plus calme pour les propositions à faire à l'assemblée, telle que le dépôt de la proposition sur le bureau , et le renvoi de celle-ci à une commission. Les observations de Thiessé n'empêchèrent pas Duveyrier de faire de nouveau, le 13 nivose, ce que l'on appelait une motion d'ordre; il monta à la tribune avec l'intention de défendre les auteurs de la constitution sur un fait peu important, mais dont beaucoup de gens se trouvaient offensés, et dont on faisait, dans les salons, les uns un sujet de plainte, les autres un sujet de plaisanterie. Il voulait parler du local où l'on avait placé le palais du tribunat. C'était, comme nous l'avons vu, le Palais-Royal; et, pour l'y loger , il avait falla en chasser des maisons de jeu et d'autres encore plus malhonnêtes. Ce choix, dit Duveyrier, était satisfaisant; il en remerciait les auteurs ; le Palais-Royal était le berceau de la révolution, le lieu où Camille-Desmoulins avait arboré le premier signe de la liberté, etc. Mais il lui échappa cette phrase : «C'est le lieu, en un mot, où , si l'on parlait d'une idole de quinze jours, on se rappellerait qu'une idole de quinze siècles a été brisée en un jour. » Cette phrase blessa vivement le premier consul ; elle produisit

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aussi quelque effet sur le public. On se mit à comparer le tribunat de 1800 au tribunat romain, ce qui déplut encore davantage à Bonaparte. Le même jour, 13 nivose, le corps législatif transmit au tribunat, par un message, un projet qui lui avait été présenté par le conseil d'état pour régler le mode de formation de la loi. On y fixait les délais dans lesquels la discussion devait avoir lieu. Ce fut l'occasion d'une opposition plus sérieuse que les précédentes. On s'en occupa pendant plusieurs séances. Les uns trouvèrent les délais fixés insuffisans; ils se plaignirent qu'on voulůt emporter des décrets au pas de course; les autres défendireut les intentions du gouvernement; et. l'on fut ainsi amené à parler de l'homme dont l'audacieuse activité occupait toutes les pensées.

On parla des dangers de la flatterie, des devoirs du tribunat, de la nécessité de l'austère vérité dans une république, des dan. gers du despotisme. Benjamin Constant se fit remarquer dans cette occasion par la justesse de ses arguments et par l'à-propos de son opposition. En définitive, le projet de loi passa à une majorité de cinquante quatre voix contre vingt-six. Le vote du corpslégislatif fut au contraire presque unanime.

Bonaparte n'aimait pas l'opposition, encore moins celle où son nom était mêlé. Il fit répondre dans le Moniteur. On appela ambition . de gloire littéraire, besoin de renommée, les tentatives de quelques tribuns; enfin, dans un article intitulé : des Tribuns de Rome, et des Tribuns de France, on concluait par dire aux derniers que si la peur paralysait les forces, la témérité les usait, Roederer, dans le Journal de Paris, s'éleva contre cette manie de déclamer contre le pouvoir, de calomnier, d'agiler, etc. Il terminait par établir que le véritable tribun était le conseiller d'état.

Le tribunat était un pouvoir nouveau , et, par suite, incertain de sa marche. En conséquence, dans la plupart des discours, l'orateur ne manquait guère d'énoncer une opinion sur le but de cette institution. A la séance du 17, Desmeuniers présenta un projet de règlement sur ce sujet. Il fut discuté dans une suite de séances secrètes, et la discussion fut prolongée jusqu'au 27 , jour

où il fut adopté en séance publique. La disposition la plus importante était celle-ci : « Aucune molion d'ordre n'est lue à la tribune, qu'au préalable elle n'ait été déposée par écrit sur le bureau, annoncée par le président vingt-quatre heures à l'avance, afin que chaque membre puisse en prendre connaissance. » Les autres articles étaient relatifs à l'ordre et à la discipline de l'assemblée. La discussion secrète qui précéda ce règlement, plus que les dispositions qu'il contenait, fixèrent dans l'esprit de chacun des membres la portée et la puissance du corps auquel ils appartenaient. Cependant, il resta une opposition qui variait de vingtcinq à trente voix sur toutes les mesures proposées par le gouvernement, mais qui ne présentait rien de systématique, car elle se composait, tantôt de certains membres, tantôt de certains aytres. Cependant quelques projets présentés par le gouvernement furent rejetés ; il est yrai qu'ils ne contenaient rien de politique, ou qui eût été de nature à blesser l'opinion publique. Dans ces circonstances, le tribunat se montra plutôt l'ami que le critique du nouveau pouvoir. Ainsi il rejeta deux projets de loi, l'un établissant des péages au passage des ponts construits aux frais des particuliers, l'autre, présenté le 18 ventose, destiné à faire revivre les rentes foncières supprimées comme féodales,

Il ne faut pas confondre ceste espèce de rentes avec celles qui étaient dues à d'autres titres par divers particuliers, et qui étaient tombées entre les mains, de la république par la confiscation des biens de ceux auxquels elles appartenaient. Celles-ci furent l'objet d'une mesure législative que le tribunat vota le 18 divose à une majorité de soixante-dix voix, et que le corps législatif approuva presque unanimement le 21. La république possédait 3,500,000 fr. de rentes de cette espèce. On autorisa les débiteurs à les racheter au denier 18, ce qui pouvait produire une somme de 50,500,000 fr. destinée à couvrir un déficit de 60,000,000, que l'on prévoyait pour l'an viii. Ce ne fut pas la seule mesure financière que le gouvernemeut proposa; il trouva toujours la même complaisance dans le tribunat et le corps législatif. On l'autorisa à aliéner encore diverses portions de biens nationaux.

Au reste, les commissions législatives avaient , avant de se séparer, voté des mesures administratives qui servirent plus que ces ressources passagères, à assurer le crédit du gouvernement. Une loi du 6 frimaire obligeait les receveurs-généraux nouvelle-, ment établis à souscrire pour le montant des contributions directes des obligations payables par mois, à jour fixe, en númé. raire, et à fournir des cautionnemens qui devaient être versés dans une caisse particulière, non-seulement pour garantir leur gestion, mais encore pour être appliqués au remboursement de celles de leurs obligations précédentes qui pourraient être protestées le jour de l'échéance. Enfin, il était ordonné que le paiement des contributions directes aurait lieu par douzième et par mois.-De telles dispositions assuraient au trésor public un courant de rentrées régulières, et par suite, une puissance de crédit proportionnée.

Le 27 nivose, les consuls prirent l'un des arrêtés les plus oppressifs que nous ayons à enregistrer. Il n'excita cependant aucune réclamation. Voici cet arrêté :

Arrêté du 27 nivose. — Les consuls de la République, considérant qu'une partie des journaux qui s'impriment dans le département de la Seine sont des instrumens dans les mains des ennemis de la République; que le gouvernement est chargé spécialement, par le peuple français, de veiller à sa sûreté, arrêtent. ce qui suit :.

Art. 1er. Le ministre de la police ne laissera, pendant toute la durée de la guerre, imprimer, publier et distribuer que les journaux ci-après désignés :

« Le Moniteur universel; le Journal des Débats et des Décrets ; le Journal de Paris; le Bien-Informé; le Publiciste; l'Ami des Lois; la Clef des Cabinets; le Citoyen Français; la Gazette de France; le Journal des Hommes libres; le Journal du soir ; par les frères Chaigneau; le Journal des Défenseurs de la patrie; la Décade philosophique , et les journaux s'occupant exclusivement de sciences, arts, littérature, commerce, annonces et avis.

, 2. Le ministre de la police générale fera incessamment un

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