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paissait l'existence, et dont elle craignait de paraitre complice. Quand on apprit d'ailleurs que le ministre qui était accusé d'avoir secondé les fureurs de l'Angleterre et de la Russie avait cédé son poste au comte de Cobentzel, et que celui-ci se rendait à Seltz pour y donner des réparations, le directoire ne put se repentir d'avoir provoqué ces conférences, en se montrant moins prompt à suivre la première impulsion d'un légitime ressentiment, qu'empressé de faire évanouir par des explications communes tout ce qui s'opposait au rétablissement de la plus parfaite harmonie.

» Tel était son désir d'arriver à une conciliation , que l'envoyé extraordinaire de la République eut pour instruction définitive de se contenter, en réparation de l'événement arrivé à Vienne le 24 germinal, d'un simple désaveu et de la déclaration qu'on rechercherait les coupables.

► Mais à peine les conférences furent entamées à Seliz , que la cour impériale changea de langage et de conduite. Le baron de Degelmann ne se rendit point à Paris. M. de Thugut, demeuré à Vienne, rentra au ministère ; les informations commencées restèrent sans suite et sans effet. Le comte de Cobenizel, au lieu d'offrir ou d'accorder les réparations qui étaient l'objet principal de sa mission, affecta de vouloir concentrer la discussion sur d'autres points, et finit par décliner toute satisfaction, même celle dont la République se serait conteniée, lorsqu'il fut convaincu que le directoire n'accueillerait point les insinuations par lesquelles la cour de Vienne voulait le rendre, au milieu même de la paix, complice des plus étranges spoliations.

» Les négociateurs se séparèrent, et aussitôt celui qui avait été envoyé à Seltz par sa majesté impériale , pour y prodiguer de vaines protestations de paix, reçut la mission d'aller Berlin, et à Pétersbourg s'associer à toutes les excitations du gouvernement britannique pour rallumer la guerre.

Il fallait sans doute que le directoire exécutif fût animé d'un profond amour de la paix, pour ne pas céder dès lors à l'évidence des dispositions hostiles de la maison d'Autriche, et pour éviter de répondre à ses provocations.

» Il voyait qu'à Rastadt, depuis l'ouverture du congrès , et le ministre impérial, et celui d'Autriche, n'avaient cessé de se mon. irer contraires à toutes les propositions de la République, à toutes celles qui pouvaient conduire vers une pacification définitive et stable.

, Il avatt connaissance des difficultés qu'on faisait à Vienne pour reconnaitre le ministre cisalpin, ce qui était remettre en question des points décidés par le traité de Campo-Formio. :

» Il était instruit que le cabinet autrichien (quelle que fût l'opinion personnelle de l'empereur), livré plus que jamais aux impulsions de l'Angleterre, donpait à celui de Naples la confiance qui le portait aux mesures les plus extravagantes , dirigeait plus secrètement le Piémont que paguère il avait dévoué à un partage, et s'efforçait d'arracher à sa neutralité le gouvernement prussien qu'il voulait armer contre la France, après avoir essayé d'armer la France contre lui.

Que de motifs pour abjurer un traité méconnu , violé par l'Autriche, et qui cessait d'être obligatoire pour la République ! Mais la patience et les résolutions du directoire exécutif devaient se montrer encore au-dessus d'une provocation plus directe.

· Dans un moment où des factieux, qui avaient usurpé le pouvoir dans les Lignes grises , témoignaient de l'inquiétude sur le voisinage d'une armée française, et sur les projets qu'ils supposaient formés contre leur indépendance et leur neutralité, affectant en même temps une sécurité parfaipe du côté de l'Autriche, dont ils disajent avoir reçu les protestations les plus rassurantes, le directoire jugea convenable de faire savoir aux habitans que leur territoire serait respecté aussi long-temps qu'il le serait par l'Autriche. Il n'y avait que quelques mois que cette déclaration avait été faite, lorsqu'un corps de troupes autrichiennes envahit le pays des Grisons, et s'y établit.

· Tout ce qu'il y avait.d'hostile dans cette occupation, tout ce qu'elle renfermait de machinations secrètes n'échappa point au directoire exécutif. Il était évident qu'ainsi l'Autriche se prépa-, rait les moyens de troubler l'Helvétie, de faire irruption dans la

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Cisalpine, et de donner à l'instant décisif la main au roi de Pié. mont, pour essayer de fermer avec lui toute retraite aux Français, qu'on faisaivattaquer par cent mille Napolitains, et qu'on osait supposer vaincus.

» Le directoire ne méconnut point toutes ces perfides combinaisons , mais il évita d'y trouver encore une agression formelle ; et ce ne fut qu'au moment où l'attaque prématurée du roi des Deux-Siciles ouvrit une nouvelle guerre, que le directoire ayant la preuve acquise de la complicité du roi de Sardaigne, et voulant en détourner l'effet, s'empara de ses places fortes, devan. çant ainsi de quelques jours l'occupation qui allait en être faite par les troupes autrichiennes, et dont l'envahissement anjérieur du territoire des Grisons n'était que le prélude.

, Mais en même temps que les armées républicaines repoussaient en Italie l'agression et prévenaient la perfidie, le directoire, quoiqu'il eût connaissance du traité qui existait entre Vienne et Naples ; quoiqu'il eût vu un général autrichien à la tête de l'armée napolitaine ; quoiqu'il connût les mouvemens des troupes qui avaient lieu dans le Tyrol et dans le nord de l'Italie, persista cependant encore à professer le désir de demeurer en paix avec l'empereur, et la sincérité de son vou., à cet égard, parut assez par la conduite qu'il tint avec la Toscane; car il y avait long-temps qu'il n'étajt plus possible de séparer la cour de Florence de celle de Vienne.

• Le directoire avaitesu que le voyage de M. Manfredini à Vienne, avait été relatif au même objet qui y avait conduit de Naples le prince de Montéchiaro, et avait utilement préparé le succès de sa mission, en contribuant à donner à l'empereur le dé.sir d'augmenter son influence en Italie, d'y chercher un agrandissement nouveau, sous prétexte de dédommagement, d'y contrarier l'affermissement de la république cisalpine, et de s'opposer, surtout, à l'existence de la république romaine.

> On lui rapporta pareillement qu'à l'époque où la cour de . Naples se disposait à faire marcher son armée vers Rome, le grand-duc faisait lui-même des préparatifs de guerre, et y don

nait une accélération, une étendue bien peu familière au pays, ordonnant, avec l'armement complet des bandes, des enrôlemens volontaires dans chaque ville et village, établissant un emprunt forcé, demandant aux églises, aux moines, aux nobles leur argenterie, prenant esfin toutes les mesures qui dénolaient une secrète participation aux plus vastes entreprises, et malgré tout l'art avec lequel on a cherché à faire disparaitre ces traces d'hostilités, le directoire exécutif n'en vient pas moios d'acquérir la preuve que le grand-duc comptait tellement sur la défaite des Français, qu'il avait fermé tous les passages par lesquels ils auraient pu tenter leur retraite dans ses états, et les avait hérissés d'une nombreuse artillerie qui devait achever de détruire les restes de l'armée française, tandis que d'un autre côté une troupe de napolitains et quelques vaisseaux anglais prenaient possession de Livourne, ce qui n'aurait jamais eu lieu, si ce prince avait seulement témoigné qu'il n'y voulait point consentir.

Ainsi, le premier mouvement de l'armée française dut être de marcher sur Livourne et sur Florence, et si le directoire (qui n'a su que depuis avec certitude combien le grand-duc, qui arme encore en secret, s'était rendu coupable ) suspendit l'effet de sa résolution ; c'est que, regardant la cour de Toscane comme moins immédiatement liée aux intérêts et aux entreprises de la cour de Naples qu'à ceux de la cour de Vienne, il hésitait encore à croire que celle-ci voulůt obtinément rallumer la guerre. Mais bientôt un fait plus décisif encore que tous les précédens ne put laisser aucun doute sur les dispositions de l'Autriche, et donna par conséquent la mesure de celles du grand-duc.

Vingt-cinq mille Russes s'avançaient vers l'Allemagne; ils devaient être suivis de plusieurs corps également nombreux. Lemonarque de Russie avait proclamé dans toute l'Europe ses projets hostiles contre la République ; et tandis que ses flottes, obtenant de passer le détroit, entraient dans la Méditerranée, pour y attaquer les possessions françaises, ses troupes cherchaient pareille. ment une issue sur le continent pour atteindre celles de la République; et c'est au moment où l'empereur se trouvait encore

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T. XXXVII.

en état de paix, où l'empire, neutralisé par un armistice spécial, louchait au terme de sa pacification, qu'un prince agresseur, que l'allié de Constantinople et de Londres, voulant unir ses efforts aux leurs, se présente sur les limites du territoire autrichien ; son armée y est reçue sans obstacle. Il devient évident qu'elle y était attendue. L'empereur quitte sa capitale, va luimême au-devant des Russes, accueille leurs clameurs, et s'associe à leurs projets, en les comblant de présens et d'égards.

Frappé du scandale d'une telle conduite, instruit que les Russes vont passer du territoire autrichien sur celui même de l'empire, le directoire exécutif, comprimant encore le premier élan de la fierté nationale, se contente de demander à l'empereur et à l'Empire des explications. L'empereur se tait. Son plénipotentiaire voudrait pier qu'il ait reçu la note des ministres français. La députation de l'Empire se réfère à la diète, et la diète ellemême se réfère à l'empereur.

» Cependant la marche des Russes continue ; ils ont traversé la Moravie, l'Autriche; ils approchent de la Bavière, et les représentations amicales de la République n'ont pas été plus écoutées que l'intérêt même de l'Allemagne , qui répugne à cette invasion étrangère.

» Le moment était donc venu où le directoire exécutif n'était plus le maître de temporiser et de tenir un langage qui pouvait compromettre la dignité nationale et la sûreté de l'état. La République avait donné la paix aussitôt qu'on la lai avait demandée ; elle s'était épuisée en efforts pour maintenir ce qu'elle avait accordé; mais il fallait enfin qu'elle connût tous ses ennemis, et que ceux qui voulaient la guerre fussent forcés de s'expliquer.

· Tels furent l'esprit et l'objet de deux notes remises le 12 pluviose dernier au ministre autrichien à Rastadt et à la députation. Un délai fut fixé à sa majesté impériale pour donner une réponse catégorique et satisfaisante, faute de laquelle son silence ou son refus seraient regardés comme un acte hostile. Ce délai est expiré le 27 pluviose, et aucune réponse n'est encore parvenue.

, Telle a été, citoyens représentans, la conduite de la cour de

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