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tiere de l'éducation, l'appelle un livre excellent" parmi les traités absolument nécessaires qu'il conseille aux parents de mettre entre les mains de ceux à qui ils confient le soin de leurs enfants, il place celui de M. de Fénélon (". En effet, quoique cet ouvrage. semble n'avoir pour objet que l'éducation des filles, les préceptes et les avis généraux qu'il renferme peu vent être fort utiles à celle des garçons. Les enfants de l'un et de l'autre sexe ont, sur-tout dans le premier âge, beaucoup de ressemblance: on remarque en eux les mêmes foiblesses et les mêmes inclinations. Ils exigent d'abord de ceux qui les élevent, à-peuprès les mêmes soins : le temps et la destination des uns et des autres avertissent ensuite de la différence qu'il convient de donner à leur éducation; mais il y a toujours des devoirs communs à tous les membres de la société, et dont il faut travailler également à leur donner la connoissance et à leur inspirer l'a

mour.

M. de Fénélon indique rapidement les vertus et les obligations générales. Il développe avec beaucoup de clarté celles qui sont propres à l'éducation des filles. Comme l'on doit s'y proposer une double fin, celle

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de leur former le cœur, et celle de cultiver leur esprit, l'auteur revient souvent à la partie des mœurs, parcequ'elle est la plus essentielle. Quant à la culture de l'esprit, M. de Fénélon n'exclut des études des filles que les connoissances trop étendues, ou qui sont au-dessus de leur foiblesse naturelle, et celles dont l'abus est presque certain; mais il ne pense pas que l'ignorance soit leur apanage. Un des motifs, entre autres, sur lesquels l'auteur établit, dès le premier chapitre de son livre, l'importance de l'éducation des filles, c'est qu'elles sont la moitié du genre humain, racheté du sang de Jésus-Christ et destiné à la vie éternelle. Par-là il annonce que la connoissance de l'évangile doit être le fondement de leur éducation. En suivant le plan tracé dans son livre, on ne peut se dispenser de les instruire de l'histoire de la religion, de ses dogmes et de sa morale.

Une nouvelle édition d'un ouvrage aussi intéressant ne peut manquer d'être bien reçue du public.' Elle aura l'avantage d'être exempte des fautes considérables qui s'étoient glissées dans celles qui l'ont' précédée.

Nous nous croyons obligés de faire ici quelques' observations sur l'avertissement de l'édition publiée à Amsterdam en 1754, chez Arkstée et Merkus. L'é

TOME III.

B

'diteur fait d'abord l'éloge du livre de M. de Fénélon; bientôt après il y apperçoit des défauts.

Une chose, dit-il, qu'on peut trouver à redire dans ce livre, c'est qu'on y a mêlé quelques dogmes particuliers de l'église romaine. Nous n'entreprendrons pas ici de convaincre l'éditeur de la vérité de ces dogmes particuliers qu'il ne croit pas ; il suffit de le renvoyer aux ouvrages du savant évêque de Meaux, et à ceux des Arnauld et des Nicole. Nous lui répondrons seulement que son reproche au livre de l'éducation n'est pas juste. Si l'auteur catholique, revêtu du sacerdoce de Jésus-Christ, composant un ouvrage exprès pour l'éducation chrétienne de la jeunesse, n'eût pas averti des sujets qui doivent faire la matiere de l'instruction, il eût manqué à sa foi, à son caractere, et à ceux en faveur desquels il travailloit.

L'éditeur conseille néanmoins aux protestants (2) de Jire l'ouvrage de M. l'archevêque de Cambrai, pour, deux raisons: la premiere est que rien n'est plus propre 'à persuader un protestant de l'obscurité des opinions qu'il rejette, que de voir, d'un côté, les preuves évidentes que M. l'archevêque de Cambrai apporte en faveur des doctrines fondamentales dans lesquelles ils conviennent, et de remarquer de l'autre la foiblesse

(1) Avertissement de l'édition d'Amsterdam, 1754, p. 1. (2) Ibid. p. 1,

'des raisons qu'il allegue pour soutenir les dogmes où ils different. Vain triomphe! M. de Fénélon est, dans tout son ouvrage, également solide, également clair et intelligible. La foiblesse et l'obscurité ne sont que dans les yeux du lecteur protestant, que ses malheureuses préventions empêchent de concevoir et de considérer sous le même point de vue les preuves évidentes que M. l'archevêque de Cambrai donne en faveur des doctrines fondamentales, et les raisons qu'il allegue pour soutenir les dogmes de l'église romaine.

(1)

M. de Cambrai, en parlant du mariage, s'exprime en ces termes "); « Admirez les richesses de la grace <« de Jésus-Christ, qui n'a pas dédaigné d'appliquer le « remede à la source du mal, en sanctifiant la source « de notre naissance, qui est le mariage. Qu'il étoit << convenable de faire un sacrement de cette union « de l'homme et de la femme, qui représente celle « de Dieu avec sa créature, et de Jésus-Christ avec « son église » ! Le critique ne trouve dans ces paroles qu'un tour de prédicateur("), c'est-à-dire une de ces phrases pompeuses qui ne signifient rien; mais nous le renvoyons encore au cinquieme chapitre de l'épître aux Éphésiens. Qu'il lise les versets 22, 23, et les suivants; il y reconnoîtra peut-être que ce tour de

(1) Éducation des filles, chap. VIII.

(2) Avertissement, p. 2.

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prédicateur renferme précisément la doctrine de l'apôtre saint Paul, qui nous enseigne lui-même cette grande vérité, que le mariage est une image des noces spirituelles de Jésus-Christ et de l'église.

Notre censeur continue ainsi : Une seconde raison qui doit obliger toutes sortes de personnes à la lecture de cet ouvrage, c'est que M. de Fénélon est dans le fond beaucoup plus réservé sur le chapitre de la religion qu'on ne l'est ordinairement dans la communion romaine. On voit bientôt qu'il n'est pas extrêmement superstitieux: il passe fort légèrement sur certains dogmes épineux de son église, et les explique dans les termes les plus doux et les plus généraux qu'il peut trouver.

Ce n'est ici qu'un tissu de malignes imputations. L'éditeur protestant s'efforce d'attirer à son parti l'écrivain catholique. Nous prions les lecteurs équita-, bles de voir les chapitres VII et VIII de cet ouvrage, et d'examiner attentivement s'il y a de la probité à soupçonner l'auteur de ne pas croire sincèrement tous les articles que croit l'église, et de n'avoir pas le courage de s'en expliquer nettement.

On n'y trouve pas seulement, ajoute l'éditeur (2), le nom de transsubstantiation et d'adoration du sacrement, ni celui de purgatoire; on n'y apprend point.

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