Page images
PDF
EPUB

subsister, comme les semailles et les travaux

pareils.

Chaque année, pendant quatre mois, toute hostilité cessait entre les tribus (a) arabes : le moindre trouble eût été une impiété. Quand chaque seigneur faisait en France la guerre ou la paix, la religion donna des trêves qui devaient avoir lieu dans de certaines saisons.

CHAPITRE XVII.

Continuation du même sujet.

Lorsqu'il y a beaucoup de sujets de haine dans un état, il faut que la religion donne beaucoup de moyens de réconciliation. Les Arabes, peuple brigand, se faisaient souvent des injures et des injustices. Mahomet (b) fit cette loi : « Si quelqu'un pardonne le sang de son frère (c), il pourra poursuivre le malfaiteur pour des dommages et intérêts : mais celui qui fera tort au méchant après avoir reçu satisfartion de lui, souffrira au jour du jugement des tourmens douloureux. »

Chez les Germains, on héritait des haines et des inimitiés de ses proches ; mais elles n'étaient pas éternelles. On expiait l'homicide en donnant

(a) Voyez Pridcaux , Vie de Mahomet, p. 64. (h) Dans l'Alçoran, liv. I, ch. De La Vache. (c) En renonçant à la loi du talion.

une certaine quantité de bétail, et toute la famille recevait la satisfaction : chose très-utile, dit Tacite (a), parce que les inimitiés sont plus dangereuses chez un peuple libre. Je crois bien que les ministres de la religion , qui avaient tant de crédit parmi eux, entraient dans ces réconciliations.

Chez les Malais (b), où la réconciliation n'est pas établie, celui qui a tué quelqu'un, sûr d'être assassiné par les parens ou les amis du mort, s'abandonne à sa fureur, blesse et tue tout ce qu'il rencontre.

CHAPITRE XVIII.

Comment les lois de la religion ont l'effet des lois civiles.

Les premiers Grecs étaient des petits penples souvent dispersés, pirates sur la mer, injustes sur la terre, sans politique et sans lois. Les belles actions d'Hercule et de Thésée font voir l'état où sè trouvait ce peuple naissant. Que pouvait faire la religion que ce qu'elle Et pour donner de l'horreur du meurtre? Elle établit qu'un homme tue par violence (c) était d'abord

(a) De Morilms German.

(b) Recueil des Voyages qui ont servi à l'établissement de la compagnie des Indes , tome VII, p. 3o3. Voyez aussi les Mémoires du comte du Forbin, et ce qu'il dit sur les Macassars.

(c) Platon , des Lois, liv. IX.

en colère contre le meurtrier, qu'il lui inspirait du trouble et de la terreur, et voulait qu'il lui cédât les lieux qu'il avait fréquentés; on ne pouvait toucher le criminel ni converser avec lui sans être souillé (a) ou intestable; la présence du meurtrier devait être épargnée à la ville, et il fallait l'expier (b).

CHAPITRE XIX.

Que c'est moins la verité ou la fausseté d'un dogme qui le rend utile ou pernicieux aux hommes dans l'état civil, que l'usage ou l'abus que l'on en fait.

Les dogmes les plus vrais et les plus saints peuvent avoir de très-mauvaises conséquences lorsqu'on ne les lie pas avec les principes de la société; et, au contraire, les dogmes les plus faux en peuvent avoir d'admirables lorsqu'on sait qu'ils se rapportent aux mêmes principes.

La religion de Confucius nie l'immortalité de l'âme ; et la secte de Zénon ne la croyait pas. Qui le dirait ? ces deux sectes ont tiré de leurs mauvais principes des conséquences , non pas justes, mais admirables pour la société.

La religion des Tao et des Foé croit l'immor

(a) Voyez la tiag. d'OEdipe à Colonne.

(b) Platon, des Lois, liv. IX.

talité de l'âme; mais de ce dogme si saint ils ont lire des conséquences affreuses (a).

Presque partout le monde et dans tous les temps, l'opinion de l'immortalité de l'âme, mal prise , a engagé les femmes , les esclaves, les sujets, les amis , à se tuer pour aller servir dans l'autre monde l'objet de leur respect ou de leur amour. Cela était ainsi dans les Indes occidentales , cela était ainsi chez les Danois (b), et cela est encore aujourd'hui au Japon (c), à Macassar (d), et dans plusieurs autres endroits de la terre.

Ces coutumes émanent moins directement du dogme de l'immortalité de l'âme que de celui de la résurrection des corps; d'où l'on a tiré cette conséquence, qu'après la mort un même individu aurait les mêmes besoins, les mêmes sentimens,

(a) Un philosophe chinois argumente ainsi contre la doctrine de Foé. « Il est dit dans un livre de cette secte que notre corps est notre domicle , et l'âme l'hôtesse immortelle qui y loge: mais si le corps de nos parens n'est qu'un logement, il est naturel de le regarder avec le même mépris qu'on a pour un amas de houe et de terre. N'est-ce pas vouloir arracher du cœur la vertu de l'amour des parens? Cela porte de même à négliger les soins du corps, et à lui refuser la compassion t l'affection si nécessaires pour sa conservation : ainsi les disciples de Foé se tuent à milliers. » Ouvrage d'un philosophe chinois , dans le recueil du P. du Halde , tome III, p. 52.

(h) Voyez Thomas Barlholin , Antiquités danoises.

(c) Relation du Japon, dans le Recueil des Voyages qui ont servi a l'étahlissement de la compagnie des Indes.

(à) Mémoires de Forhin.

les mêmes passions. Dans ce point de vue, le dogme de l'immortalité de l'âme affecte prodi% gieusement les hommes , parce que l'idée d'un simple changement de demeure est plus à la portée de noire esprit et flatte plus notre cœur que l'idée d'une modification nouvelle.

Ce n'est pas assez pour une religion d'établir un dogme, il faut encore qu'elle le dirige. C'est ce qu'a fait admirablement bien la religion chrétienne à l'égard des dogmes dont nous parlons: elle nous fait espérer un état que nous croyions, non pas un état que nous sentions ou que nous connaissions : tout, jusqu'à la résurrection des corps, nous mène à des idées spirituelles.

CHAPITRE XX.

Continuation du même sujet.

Les livres (a) sacrés des anciens Perses disaient: « Si vous voulez être saint, instruisez vos enfans, parce que toutes les bonnes actions qu'ils feront vous seront imputées. » Ils conseillaient de se marier de bonne heure, parce que les enfans seraient comme un.pont au jour du jugement, et que ceux qui n'auraient pas d'enfans ne pourraient pas passer. Ces dogmes étaient faux, mais ils étaient très-utiles.

(a) M. Hyde.

« PreviousContinue »