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dans une virginité nécessaire : on donna (a) de même le privilége de maris aux soldMs, parce qu'ils ne pouvaient pas se marier. C'était la coutume d'exempter les empereurs de la gêne de certaines lois civiles. Ainsi Auguste fut exempté de la gêne de la loi qui limitait la faculté (b) d'affranchir, et de celle qui bornait la faculté (c) de léguer. Tout cela n'était que des cas particuliers; mais dans la suite les dispenses furent données sans ménagement, et la règle ne fut plus qu'une exception.

Des sectes de philosophie avaient déjà introduit dans l'empire un esprit d'éloignement pour les affaires, qui n'aurait pu gagner à ce point dans le temps de la république (d) où tout le monde était occupé des arts de la guerre et de la paix. De là une idée de perfection attachée à tout ce qui mène à une vie spéculative: de là l'éloignement pour les soins et les embarras d'une famille. La religion chrétienne, venant après la philosophie, fixa pour ainsi dire des idées que que celle-ci n'avait fait que préparer.

Le christianisme donna son caractère à la ju

donné l'ancien privilège des femmes qui avaient Irois cnfans , qui est de n'avoir point de curateur. Plutarque , dans la Vie de Nuroa.

(a) Claude le leur accorda. Dion, liv. LX.

(b) Leg. APUD eUM , ff. De MANUMISSIONIB. , § f .

(c) Dion , liv. LV.

(d) Voyez dans les Offices de Ciccron ses idéee sur cet esprit de spéculation.

risprudence; car l'empire a toujours du rapport avec le sacerdoce. On peut voir le code de Théodosien , qui n'est qu'une compilation des ordonnances des empereurs chrétiens.

Un panégyriste (a) de Constantin dit à cet empereur : « Vos lois n'ont été faites que pour corriger les vices et régler les mœurs; vous avez été l'artifice des anciennes lois qui semblaient n'avoir d'autres vues que de tendre des piéges à la simplicité. »

Il est certain que les changemens de Constantin furent faits ou sur des idées qui se rapportaient à l'établissement du christianisme, ou sur des idées prises de sa perfection. De ce premier objet vinrent ces lois qui donnèrent une telle autorité auxévêques, qu'elles ont été le fondement de la juridiction ecclésiastique; de là ces lois qui affaiblirent l'autorité paternelle (b) en ôlant au père la propriété des biens de ses enfans. Pour étendre une religion nouvelle, il faut ôier l'extrême dépendance des enfans qui tiennent toujours moins à ce qui est établi.

Les lois faites dans l'objet de la perfection chrétienne furent surtout celles par lesquelles il ôta les peines des lois pappiennes (c), et ea

(a) Nazaire, In Panegtrico Constantin! , anno 327.

(b) Voyez la loi I, H et III au Cod. Théod. de BONIS MATeHNis, Maternique GeNenis, etc., et la loi unique , au même

Code, De BONIS QUJe FILIIS FAMIL. ACQUI. RUNTUR.

(c) Leg. unie. Cod. Théod. DE INFIRM. FOeN. COeLIB. eT ORBIT.

exempta, tant ceux qui n'étaient point mariés, que ceux qui, étant mariés, n'avaient pas d'enfans,

« Ces lois avaient été établies, dit un historien (a) ecclésiastique, comme si la multiplication de l'espèce humaine pouvait être un effet de nos soins; au lieu de voir que ce nombre croît et décroît selon l'ordre de la Providence. »

Les principes de la religion ont extrêmement influé sur la propagation de l'espèce humaine: tantôt ils l'ont encouragée, comme chez les Juifs, les Mahométans, les Guèbres, les Chinois ; tantôt ils l'ont choquée, comme ils firent chez les Romains devenus chrétiens.

On ne cessa de prêcher partout la continence, c'est-à-dire cette vertu qui est plus parfaite, parce que, par sa nature, elle doit être pratiquée par très-peu de gens.

Constantin n'avait point ôté les lois décimaires, qui donnaient une plus grande extension aux dons que le mari et la femme pouvaient se faire à proportion du nombre de leurs enfans. Théodose le jeune abrogea (b) encore ces lois.

Justinien déclara valables (c) tous les mariages que les lois pappiennes avaient défendus Ces lois voulaient qu'on se remariât : Justinien (d) ac

(a) Sozom., liage 27.—(h) Leg.HetHI, Cod. Théod. DÉ

JURE MB.

(c) Leg. Sancimus, Cod. De Nuptiis.

(d) Nov. I27,cliai). in;Nov. ii8,chap. v.

corda des avantages à ceux qui ne se remarieraient pas.

Par les lois anciennes, la faculté naturelle que chacun a de se marier et d'avoir des enfans ne pouvait être ôtée. Ainsi, quand on recevait un legs (a) à condition de ne point se marier, lorsqu'un patron faisait jurer (b) son affranchi qu'il ne se marierait point et qu'il n'aurait point d'enfans, la loi pappienne annulait (c) et cette condition et ce serment. Les clauses, en gardant viduité, établies parmi nous, contredisent donc le droit ancien , et descendent des constitutions des empereurs, faites sur les idées de la perfection.

Il n'y a point de loi qui contienne une abrogation expresse des priviléges et des honneurs que les Romains païens avaient accordés aux mariages et au nombre des enfans; mais là où le célibat avait la prééminence il ne pouvait plus y avoir d'honneur pour le mariage; et, puisque l'on put obliger les traitans à renoncer à tant de profits par l'abolition des peines, on sent qu'il fut encore plus aisé d'ôter les récompenses.

La même raison de spiritualité qui avait fait permettre le célibat imposa bientôt la nécessité du célibat même. A Dieu ne plaise que je parle ici contre le célibat qu'a adopté la religion ! mais qui pourrait se taire contre celui qu'a formé le

(a) Lcg. UV , ff. DE CONDlT. ET DEHONST.

(h) Lcg. V. § DE JUrE PATRONAT.

(e) Paul , dans ses sentences, liv. M, lit. IV . § l5.

libertinage, celui où les deux sexes, se corrompant par les sentimens naturels mêmes, fuient une union qui doit les rendre meilleurs, pour vivre dans celle qui les rend toujours pires?

C'est une règle tirée de la nature, que plus oa diminue le nombre des mariages qui pourraient se faire, plus on corrompt ceux qui sont faits; moins il y a de gens mariés , moins il y a de fidélité dans les mariages; comme lorsqu'il y a plus de voleurs, il y a plus de vols.

CHAPITRE XXII.

De l'exposition des cnfans.

Les premiers Romains eurent une assez bonne police sur l'exposition des enfans. Romulus, dit Denys d'Halicarnasse (a), imposa à tous les citoyens la nécessité d'élever tous les enfans mâles et les aînées des filles. Si les enfans étaient difformes et monstrueux , il permettait de les exposer après les avoir montrés à cinq des plus proches voisins.

Romulus ne permit (b) de tuer aucun enfant qui eût moins de trois ans : par là il conciliait la la loi qui donnait aux pères le droit de vie et de mort sur leurs enfans, et celle qui défendait de les exposer.

(a) Antiquites romaines , liv. II. — (b) lbid.

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