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et qui n'avaient ni maris ni enfans, de porter des pierreries et de se servir de litière : méthode excellente d'attaquer le célibat par la vanité. Les lois d'Auguste (a) furent plus pressantes; il imposa (b)des peines nouvelles à ceux qui n'étaient point mariés, et augmenta les récompenses de ceux qui l'étaient et de ceux qui avaient des enfans. Tacite appelle ces lois Juliennes (c). Il y a apparence qu'on y avait fondu les anciens réglcmens faits par le sénat, le peuple et les censeurs.

La loi d'Auguste trouva mille obstacles; et, trente-quatre ans (d) après qu'elle eut été faite , les chevaliers romains lui en demandèrent la révocation. Il fit mettre d'un côté ceux qui étaient mariés, et de l'autre ceux qui ne l'étaient pas: ces derniers parurent en plus grand nombre, ce qui étonna les citoyens et les confondit. Auguste, avec la gravité des anciens censeurs , leur parla ainsi(e):

« Pendant que les maladies et guerres nous nous enlèvent tant de citoyens, que deviendra la ville si on ne contracte plus de mariages ? La cité ne consiste point dans les maisons, les portiques, les places publiques; ce sont les hommes qui font la cité. Yous ne verrez point, comme dans les

(a) Dion , liv. LIV. — (b) L'an 786 de Rome.

(c) JULIASHOGATIONES, Annal. liv. III.

(d) L'an 762 de Rome. Dion, liv. LVI.

(e) J'ai abregé cette liarangue, qui est d'une longueur accablante : elle est rapportée dans Dion , liv. LVI.

ESPRIT DES LOIS. T. IV. 4

fables, sortir des hommes de dessous la terre pour prendre soin de vos affaires. Ce n'est point pour vivre seuls que vous restez dans leeélibat: chacun de vous a des compagnes de sa table et de son lit, et vous ne cherchez que la paix dans vos déréglemens. Citercz-vous ici l'exemple des vierges vestales ? Donc si vous ne gardiez pas les lois de la pudicité, il faudrait vous punir comme elles. Vous êtes également mauvais citoyens , soit que tout le monde imite votre exemple, soit que personne ne le suiv^. Mon unique objet est la perpétuité dela république. J'ai augmenté les peines <le ceux qui n'ont point obéi; et, à l'égard des récompenses , elles sont telles que je ne sache pas que la vertu en ait encore eu de plus grandes: il y en a de moindres, qui portent mille gens à exposer leur vie; et celles-ci ne vous engageraient pas à prendre une femme et à nourrir des enfans! »

Il donna la loi qu'on nomma de son nom Julia , et Pappia Poppcea, du nom des consuls (a) d'une partie de cette année-là. La grandeur du mal paraissait dans leur élection même. Dion (b) nous dit qu'ils n'étaient point mariés, et qu'ils n'avaient point d'enfans.

Cette loi d'Auguste fut proprement un code de lois et un corps systématique de tous les régle

(a) Mardis Pappius Mutilus, cl Q. Poppcrus Ssbinus. Dion, liv. LVI.

(b) Dion, liv. LVI.

mens qu'on pouvait faire sur ce sujet. On y refondit les lois juliennes (a), et on leur donna plus de force; elles ont tant de vues, elles influentsur tant de choses, qu'elles forment la plus belle partie des lois civiles des Romains.

On en trouve (b) les morceaux dispersés dans les précieux fragmens d'Ulpien ; dans les lois du Digeste , tirées des auteurs qui ont écrit sur les lois pappiennes; dans les historiens et les autres auteurs qui les ont citées; dans le code théodosien qui les a abrogées; dans les pères qui les ont censurées; sans doute avec un zèle louable pour les choses de l'autre vie, mais avec très-peu de connaissance des affaires de celle-ci.

Ces lois avaient plusieurs chefs , et l'on en connaît trente-cinq (c). Mais , allant à mon sujet le plus directement qu'il me sera possible, je commencerai par le chef qu'Aulu-Gelle (d) nous dit être le septième, et qui regarde les honneurs et les récompenses accordées par cette loi.

Les Romains, sortis pour la plupart des villes latines , qui étaient des colonies lacédémoniennes (e), et qui avaient même tiré de ces villes (f )

{a) Le titre XIV des Fragmens d'Ulpien distingue fort bien La toi julienne de la pappienne.

(b) Jacques Godefroi en a fait une compilation.

{c) Le trente-cinquième est cité dans la loi XIX, ff. De Ritu MUPTUIDM..

(d) Liv. II , chap. xv. — (e) Dcnys d'Halicamasse. (f) Les députés de Rome qui furent envoyés pour chercher des lois grecques allèrent à Athènes et dans les villes d'Italieune partie de leurs lois , eurent, comme les Lacédémoniens , pour la vieillesse ce respect qui donne tous les honneurs et toutes'les préséances. Lorsque la république manqua des citoyens, on accorda au mariage et au nombre des enfans les prérogatives que l'on avait données à l'âge (a); on en attacha quelques-unes au mariage seul, indépendamment des enfans qui en pourraient naître: cela s'appelait le droit des maris. On en donna d'autres à ceux qui avaient des enfans, de plus grandes à ceux qui avaient trois enfans. Il ne faut pas confondre ces trois choses. Il y avait de ces priviléges dont les gens mariés jouissaient toujours, comme par exemple une place particulière au théâtre(b); il y en avaitdont ils ne joutssaient que lorsque des gens qui avaient des enfans ou qui en avaient plus qu'eux ne les leur ôtaient pas.

Ces priviléges étaient très-étendus. Les gens mariés qui avaient le plus grand nombre d'enfans étaient toujours préférés (o), soit dans la poursuite des honneurs, soit dans l'exercice de ces honneurs mêmes. Le consul qui avait le plus d'enfans prenait le premier les faisceaux (d); il avait le choix des provinces (e) : le sénateur qui avait

(a) Aulu-Gelle. liv. II, chap. xv.

(b) Suétone, In Augusto, chap. XLIV.

(c) Tacite, liv. II. Ut Numezus Libehorum In Candidati S

PB.CPOLI.eReT , QUOD LeX JUBeBAT.

(d) Aulu-Gelle, liv. II, chap. Zv.

(e) Tache, Annal., liv. XV.

le plus d'enfans était écrit le premier dans le catalogue des sénateurs; il disait au sénat son avis le premier (a). L'on pouvait parvenir avant l'âge aux magistratures , parce que chaque enfant donnait dispense d'un an (b). Si l'on avait trois enfans h Rome , on était exempt de toutes charges personnelles (c). Les femmes ingénues qui avaient trois enfans, et les affranchis qui en avaient quatre, sortaient (d) de cette perpétuelle tutelle où les retenaient (e) les anciennes lois de Rome.

Ques'il y avait des récompenses, il y avait aussi des peines (f ). Ceux qui n'étaient point mariés ne pouvaient rien recevoir parle testament des (g) étrangers, et ceux qui étantmariés n'avaient point d'enfans n'en recevaient que. la moitié (h). Les Romains, dit Plutarque(i), se mariaient pour être héritiers, et non pour avoir des héritiers.

(a) Voyex la loi VI5 $ 5, De Decubion.

(b) Voyez la loi II, ff. De Minoiib.

(e) Loi I, S 3; et II ; ff. De Vacat. Et Excusât. Monta, (d) Fragm. d'Ulpien , tit. XXIX , S 3.

(c) Plutarque , Vie de Nuraa.

(f) Voyex les Fragm. d'Ulpien , aux tit. XIV , XV; XVI, XVII et XVIII, qui sont un des beaux morceaux de l'ancienne jurisprudence romaine.

(g) Sozom, liv. I, enap. ix. On recevait de ses parens. Fragm. d'Ulpien, tit. XVI, § l.

(h) Soxom, liv. I, chap. îx, et leg. unie. Cod. Theodos. DE

iNFIMIJ FOENIS Clil.IB. ET ORBITAL

(i) OEuvres morales , de l'amour des pères envers leurs en/ans.

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