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pour prévenir le trop grand nombre d'cnfans est rapporté par Aristote; et j'ai senti la pudeur effrayée quand j'ai voulu le rapporter.

Il y a des lieux, dit encore Aristote (a), où la loi fait citoyens les étrangers, ou les bâtards, ou ceux qui sont seulement nés d'une mère citoyenne; mais dès qu'ils ont assez de peuple," ils ne le font plus. Les sauvages du Canada font brûler leurs prisonniers; mais lorsqu'ils ont des cabanes vides à leur donner, ils les reconnaissent de leur nation.

Le chevalier Petty a supposé, dans ses calculs, qu'un homme en Angleterre vaut ce qu'on le vendrait à Alger (b). Cela ne peut être bon que pour l'Angleterre : il y a des pays où un homme ne vaut rien; il y en a où il vaut moins que rien.

CHAPITRE XVIII.

De l'état des peuples avant les Romains.

L'Italie, la Sicile, l'Asie mineure , l'Espagne , la Gaule, la Germanie, étaient, à peu près i comme la Grèce, pleines de petits peuples, et regorgeaient d'habitans : on n'y avait pas besoin de lois pour en augmenter le nombre.

(a) Polit. liv. III, ch. m. (li) Soixante liv. sterlings. CHAPITRE XIX.

Dépopulation de l'univers.

Toutes ces petites républiques furent englouties dans une grande , et l'on vit insensiblement l'univers se dépeupler : il n'y a qu'à voir ce qu'étaient l'Italie et la Grèce avant et après les victoires des Romains*.

« On me demandera, dit Tite-Live (a), où les Volsques ont pu trouver assez du soldats pour faire la guerre après avoir été si souvent vahlèus. Il fallait qu'il y eût un peuple infini dans tes contrées , qui ne seraient aujourd'hui qu'un désert , sans quelques soldats et quelques esclaves romains. »

« Les oracles ont cessé, dit Plutarque (b), parce que les lieux où ils parlaient sont détruits; à peine trouverait-on aujourd'hui dans la Grèce trois mille hommes de guerre. >'

Je ne décrirai point, dit Strabon (c), l'Epire et les lieux circonvoisins, parce que ces pays sont entièrement déserts. Cette dépopulation, qui a commencé depuis long-temps , continue tous les jours, de sorte que les soldats romains ont leur

(a) Liv. VI.

vl>) OEuvres morales , Des Oracles Qui Ont Cessé. (c)Liv. VII, p. 496.

camp dans les maisons abandonnées». Il trouve la cause de ceci dans Polybe, qui dit que Paul Emile, après sa victoire, détruisit soixante et dix villes de l'Epire, et en emmena cent cinquante mille esclaves.

CHAPITRE XX.

Que les Romains furent dans la nécessité de faire des lois pour la propagation de l'espèce.

Les Romains , en détruisant tous les peuples, se détruisaient eux-mêmes : sans cesse dans l'action , l'effort et la violence, ils s'usaient comme une arme dont on se sert toujours.

Je ne parlerai point ici de l'attention qu'ils eurent à se donner des citoyens (a) à mesure qu'ils en perdaient, des associations qu'ils firent, des droits de cité qu'ils donnèrent, et de cette pépinière immense de citoyens qu'ils trouvèrent dans leurs esclaves. Je dirai ce qu'ils firent, non pas pour réparer la perte des citoyens, mais celle des hommes; et comme ce fut le peuple du monde qui sut le mieux accorder ses lois avec ses projets , il n'est point indifférent d'examiner ce qu'il fit à cet égard.

(a) J'ai traité ceci dans les Considerations sur les causes de la grandeur des Romains, etc.

CHAPITRE XXI.

Des lots des Romains sur la propagation de l'espèce.

Les anciennes lois de Rome cherchèrent beaucoup à déterminer les citoyens an mariage. Le sénat et le peuple firent souvent des réglemens làdessus, comme le dit Auguste dans sa harangue rapportée par Dion (a).

Denys d'Halicarnasse (b) ne peut croire qu'après la mort des trois cent cinq Fabiens exterminés par les Véiens il ne fût resté de cette race qu'un seul enfant, parce que la loi ancienne qui ordonnait à chaque citoyen de se marier et d'élever tous ses enfans était encore dans sa vigueur (c).

Indépendamment des lois, les censeurs eurent l'œil sur les mariages ; et, selon les besoins de la république ; ils y engagèrent (d) et par la honte et par les peines.

Les mœurs, qui commencèrent à se corrompre , contribuèrent beaucoup à dégoûter les citoyens du mariage , qui n'a que des peines pour ceux qui n'ont plus de sens pour les plaisirs de

(a) Liv. EVT. — (b)Liv. II. — (c) L'an de Rome 277.

(d) Voy« ce qu'ils firent à cet égard. Tite-Live, liv. XLV; l'épttome de Tite-Live, liv: LIX; Aulu-Gelle, liv. I, ch. vi; Valère Maxime , liv. II, ch. xix.

l'innocence. C'est l'esprit de celte (a) harangue que Métellus Numidicus fit au peuple dans sa censure. «S'il était possible de n'avoir point de femme , nous nous délivrerions de ce mal; mais comme la nature a établi que l'on ne peut guère vivre heureux avec elles ni subsister sans elles, il faut avoir plus d'égards à notre conservation qu'à des satisfactions passagères. »

La corruption des mœurs détruisit la censure, établie elle-même pour détruire la corruption des mœurs : mais lorsque cette corruption devient générale, la censure n'a plus de force (b).

Les discordes civiles, les triumvirats, les proscriptions, affaiblirent plus Rome qu'aucune guerre qu'elle eût encore faite : il restait peu de citoyens (c), et la plupart n'étaient pas mariés. Pour remédier à ce dernier mal, César et Auguste rétablirent la censure, et voulurent (d) même être censeurs. Ils firent divers réglemens: César (e) donna des récompenses à ceux qui avaient beaucoup d'enfans; il défendit (f) airx femmes qui avaient moins de quarante-cinq ans,

'(a) Elle est dans Aulu-Gelle, liv. I, ch. vi.

(b) Voyez ce que j'ai dit au liv. V , ch. six.

(c) César, après la guerre civile , ayant fait faire le cens , il ne s'y trouva que cent cinquante mille chefs de famille. Epitome de Florus sur Tite-Live, douzième décade.

(d) Voyez Dion , liv. XLIII, etXiphil. in August.

(u) Dion . liv. XLIII; Suétone, vie de Cesar, ch. xx ; Appien , liv. II de la Guerre civile. (f) Eusèbc, dans sa Chronique.

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