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la loi qui leur ordonne d'attendre le consentement des pères y pourrait être plus convenable. Dans cette idée, l'usage d'Italie et d'Espagne serait le moins raisonnable ; le monachisme y est établi, et l'on peut s'y marier sans le consentement des pères.

CHAPITRE IX.

Des filles.

Les filles, que l'on ne conduit que par le mariage aux plaisirs et à la liberté, qui ont un esprit qui n'ose penser, un cœur qui n'ose sentir, des yeux qui n'osent voir, des oreilles qui n'osent entendre, qui ne se présentent que pour se montrer stupides, condamnées sans relâche à des bagatelles et à des préceptes, sont assez portées au mariage; ce sont les garçons qu'il faut encourager.

CHAPITRE X.

Ce qui détermine au mariage.

Partout où il se trouve une place où deux personnes peuvent vivre commodément, il se fait un mariage. La nature y porte assez lorsqu'elle n'est point arrêtée par la difficulté de la subsistance.

Les peuples naissans se multiplient et croissent beaucoup. Ce serait chez eux une grande incommodité de vivre dans le célibat; ce n'en est point une d'avoir beaucoup d'enfans. Le contraire arrive lorsque la nation est formée.

CHAPITRE XI.

De la dureté du gouvernement.

Les gens qui n'ont absolument rien, comme les mendians, ont beaucoup d'enfans. C'est qu'ils sont dans le cas des peuples naissans; il n'en coûte rien au père pour donner son art à ses enfans , qui même sont en naissant des instrumens de cet art. Ces gens, dans un pays riche ou superstitieux, se multiplient, parce qu'ils n'ont pas les charges de la société, mais sont eux-mêmes les charges de la société. Mais les gens qui ne sont pauvres que parce qu'ils vivent dans un gouvernement dur, qui regardent leur champ moins comme le fondement de leur subsistance que comme un prétexte à la vexation; ces gens-là, dis-je, font peu d'enfans; ils n'ont pas même leur nourriture; comment pourraient-ils songer à la partager? Ils ne peuvent se soigner dans leurs maladies; comment pourraient-ils élever

des créatures qui sont dans une maladie continuelle, qui est l'enfance.

C'est la facilité de parler et l'impuissarice d'examiner qui ont fait dire que plus les sujets.étaient pauvres, plus les familles étaient nombreuses; que plus on était chargé d'impôts, plus on se mettait en état de les payer; deux sophismes qui ont toujours perdu et qui perdront à jamais les monarchies.

La dureté du gouvernement peut aller jusqu'à détruire les sentimens naturels par les sentimens naturels mêmes. Les femmes de l'Amérique (a) ne se faisaient-elles pas avorter pour que leurs enfans n'eussent pas des maîtres aussi cruels?

CHAPITRE XII.

Du nombre de mies et de garçons dans diflerens pays.

J'ai déjà dit qu'en (b) Europe il naît un peu plus de garçons que defilles.Ona remarqué qu'au Japon (c) il naissait un peu plus de filles que de garçons; toutes choses égales, il y aura plus de femmes fécondes au Japon qu'en Europe, et par conséquent plus de peuple.

(a) Relation de Thomas Gage , p. 58.

(b) An liv. XVI, ch. IV.

(e) Voyez Kempfer, qui rapporte un dénombrement de Méaco.

Des relations (a) disent qu'à Bantam il y a dix filles ^our un garçon ; une disproportion pareille, qui ferait que le nombre des familles y seraient au nombre de celle des autres climats comme un est à cinq et demi, serait excessive. Les familles y pourraient être plus grandes à la vérité; mais il y a peu de gens aisés pour pouvoir entretenir une si grande famille.

CHAPITRE XIII.

Des ports de mer.

Dans les ports de la mer, où les hommes s'exposent à mille dangers et vont mourir ou vivre dans des climats reculés , il y a moins d'hommes que de femmes; cependant on y voit plus d'enfans qu'ailleurs; cela vient de la facilité de la subsistance. Peut-être même que les parties huileuses du poisson sont plus propres à fournir cette matière qui sert à la génération. Ce serait une des Muses de ce nombre infini de peuples qui est au Japon (b) et à la Chine (c) pu l'on ne vit presque

C'a) Recueil des voyages qui ont servi à l'établissement de la compagnie des Indes, tomel, p. 347.

(h) Le Japon est compose d'îles , il y a beaucoup de rivages , et la mer y est Irès-poissonneusc.

(c) La Chine est pleine de ruisseaux.

ESPltlT DES LOÏS. T. IV. 3

que de poisson (c). SI cela était, de certaines règles monastiques, qui obligent de vivre de^oissou, seraient contraires à l'esprit du législateur même.

CHAPITRE XIV.

Des productions de la terre qui demandent plus ou moins d'hommes.

Les pays de pâturages sont peu peuplés, parce que peu de gens y trouvent de l'occupation ; les terres à blé occupent plus d'hommes, et les vignobles infiniment davantage.

En Angleterre (b), on s'est souvent plaint que l'augmentation des pâturages diminuait les habitans ; et on observe en France que la grande quantité de vignobles y est une des grandes causes de la multitude des hommes.

Les pays où des mines de charbon fournissent des matières propres à brûler ont cet avantage

(a) Voyez le P. du Halde, tome II, p. I3q, i^2 et suivantes. •

(h) La plupart des propriétaires des fonds de terre , dit Burnet, trouvant plus de profit en la vente de leur laine que de leur blé, enfermèrent leurs possessions. Les communes, qui mouraient de faim, se soulevèrent : on proposa une loi agraire , le jeune roi écrivit même là-dessus : on fit des proclamations contre ceux qui avaient renfermé leurs terres. Abrégé de l'Histoire de la réforme , page 44 cl 83.

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