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pas; elles conservèrent mieux leur caractère.

Les Bourguignons et les Visigolhs, dont les provinces étaient très-exposées, cherchèrent à se concilier les anciens hahitans et à leur donner des lois civiles les plus impartiales (a) : mais les rois francs, sûrs de leur puissance, n'eurent (b) pas ces égards.

Les Saxons , qui vivaient sous l'empire des Francs, eurent une humeur indomptable, et s'obstinèrent à se révolter. On trouve dans leurs (c) lois des duretés du vainqueur qu'on ne voit point dans les autres codes des lois barbares.

On y voit l'esprit des lois des Germains dans les peines pécuniaires, et celui du vainqueur dans les peines afflictives.

Les crimes qu'ils font dans leur pays sont punis corporellement, et on ne suit l'esprit des lois germaniques que dans la punition de ceux qu'ils commettent hors du territoire.

On leur déclare que, pour leurs crimes , ils n'auront jamais de paix, et on leur refuse l'asile des églises mêmes.

Les évêques eurent une autorité immense à la cour des rois visigoths; les alFaires les plus importantes étaient décidées dans les conciles. Nous

(a) Voyeï le prologue du code des Bourguignons, et le code même; surtout le lit. XII, S 5 , et le tit. XXXVIII. Voyez aussi Grégoire de Tours, liv. II, ch. xxxni; et le code des Visigotlis.—(b) Voyez ci-après le ch. III.

(c; Voyez le ch. n, J 8 et 9 ; et le ch. IV , §

devons au code des Visigoths toutes les maximes, tous les principes et toute les vues de l'inquisition d'aujourd'hui; et les moines n'ont fait que copier contre les juifs des lois faites autrefois par les évêques.

Du reste, les lois de Grondebaud pour lés Bourguignons paraissent assez judicieuses; celles de Rotharis et des autres princes lombards le sont encore pins. Mais les lois des Visigoths, celles deReccssuinde,deChaindasuindeetd'Egiga, sont puériles, gauches, idiotes; elles n'atleignent point le but; pleines de rhétorique et vides de sens, frivoles dans le fond et gigantesques dans le style.

CHAPITRE II.

Que les lois des Barbares furent toutes personnelles.

C'est un caractère particulier de ces lois des Barbares , qu'elles ne furent point attachées à un certain territoire : Le Franc était jugé par la loi des Francs , l'Allemand par la loi des Allemands, le Bourguignon par la loi des Bourguignons, le Romain par la loi romaine; et, bien loin qu'on songeât dans ces temps-là à rendre uniformes les lois des peuples conquérans , on ne pensa pas même à se faire législateur du peuple vaincu.

Je trouve l'origine de cela dans les mœurs des peuples germains. Ces nations étaient partagées

par des marais, des lacs et des forêts; on voit même dans César (a) qu'elles aimaient à se séparer. La frayeur qu'elles eurent des Romains fit qu'elles se réunirent; chaque homme dans ces nations mêlées dut être jugé par les usages et les coutumes de sa propre nation. Tous ces peuples, dans leur particulier, étaient libres et indépendans; et, quand ils furent mêlés, l'indépendance resta encore; la patrie était commune, et la république particulière; le territoire était le même, et les nations diverses. L'esprit des lois personnelles était donc chez ces peuples avant qu'ils partissent de chez eux, et ils le portèrent dans leurs conquêtes.

On trouve cet usage établi dans les formules (b) de Marculfe, dans les codes des lois des Barbares , surtout dans la loi des ripuaires (c), dans les (d) décrets des rois de la première race, d'où dérivèrent les capitulaires que l'on fit là-dessus dans la seconde (e). Les enfans (f) suivaient la loi de leur père; les femmes (g) celle de leur mari; les veuves (h) revenaient à leur loi; les affranchis (i)

(a) De Bello Gallico, liv. VI.

(b) Liv. I, form.8.—[c) Ch. xxxi.

(d) Celui de CJotaire de l'an 56o, dans lYditiondes Capilillaires de Baluze. tome I, art. 4- IBID. IN FINE.

(e) Capitulaires ajoutés à la loi des Lombai ds, liv. I, lit XXV, cil. LXXI; liv. II, lit. XLI, ch. ni; et tit. LVI. ch. i et il.

(f) Ihid. liv. II, tit. V.

(g) Capitulaires ajoutés à la loi des >.ombards, tit. VII, ch. i.

(h) Ibid. ch. u.—(i)Ihid. liv. II, tit. XXXV, ch. n.

avaient celle de leur patron. Ce n'est pas tout: chacun pouvait prendre la loi qu'il voulait : la constitution de Lolhaire (a) exigea que ce choix fût rendu publier

CHAPITRE III.

Difference capitale entre les lois saliques et les lois des Visigottis et des Bourguignons.

J'ai (b) dit que la loi des Bourguignons et celle des Visigoths étaient impartiales; mais la loi salique ne le fut pas : elle établit entre les Francs et les Romains les distinctions les plus affligeantes. Quand (c) on avait tué un Franc, un Barbare, ou un homme qui vivait sous la loi salique , on payait à ses parens une composition de deux cents sous; on n'en payait qu'une de cent lorsqu'on avait tué un Romain possesseur (d), et seulement une de quarante-cinq quand on avait tué un Romain tributaire. La composition pour le meurtre d'un Franc vassal (e) du roi était de six cents sous, et celle du meurtre d'un Romain

(a) Dans la loi des Lombards , liv. II, tit. XXXVII.

(b) Au cb. i de ce livre.

(c) Loi salique , tit. XLIV, § l.

(d) Qui res iu pago ubi remancl proprias babet. Loi SiLiQUt, tit. XLIV, S. l5. Voyez aussi le §. 7.

te) Qui in trustedomiuica est. Ibid. lit. XLIV, § î\.

convive (a) du roi (b) n'était que de trois cents.

Elle mettait donc une cruelle différence entre le

seigneur franc et le seigneur romain , et entre le

Franc et le Romain qui étaient"d'une condition

médiocre.

Ce n'est pas tout : si l'on assemblait (c) du monde pour assaillir un Franc dans sa maison, et qu'on le tuât, la loi salique ordonuait une composition de six cents sous; mais si on avait assailli un Romain ou un affranchi (d) on ne payait que la moitié de la composition. Par la même loi (e), si un Romain enchaînait un Franc, il devait trente sous de composition ; mais si un Franc enchaînait un Romain , il n'en devait qu'une dç quinze. Un Franc dépouillé par un Romain avait soixante-deux sous et demi de composition, et un Romaiu dépouillé par un Franc n'en recevait qu'une de trente. Tout cela devait être accablant pour les Romains.

Cependant un auteur célèbre (f) forme un système de Y établissement des Francs dans les Gaules, sur la présupposition qu'ils étaient les meilleurs amis des Romains. Les Francs étaient donc les meilleurs amis des Romains, eux qui

(a) Si Romanusbomo conviva regis fuerit. lbid. l 6.

(b) Les principaux Romains s'attachaient à la cour , comme on le voit par la vie de plusieurs évêques qui y furent eleves: il n'y avait guère que les Romains qui sussent écrire.

(c) Ibid. til.XLV.

(d) Lidus t dont la condition était meilleure que celle du serf. Loi des Allemands, ch. xcv. — (e) Tit. XXXV, S 3 et 4

(f) L'abbé Dubos.

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