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le savant Varron. Caton écrit comme un vieux Cultivateur plein d'expérience ; ses ouvrages abondent en sentences ; il entre-mêle aux leçons d'Agriculture des préceptes de morale. Varron montre dans ses écrits plus de théorie que de pratique ; il se livre à des recherches sur l’Antiquité, remonte à l'étymologie des mots, & nous lui devons un catalogue de ceux qui ont écrit avant fui sur l’Agriculture. L'ouvrage de Columelle est le plus considérable que ces Anciens nous aient laissé sur ce sujet. Plusieurs Souverains ont aussi honoré l'Agriculture en compofant des traités sur cette matiere. Si les Rois sont dispensés, aujourd'hui d'écrire fur cet art, ils ne le sont pas de le protéger.

MAIS, parmi ces Écrivains, Virgile tient sans contredit le premier rang, même indépendamment de la beauté du style. Lui-même cultiva ses terres près de Mantoue jusqu'à l'âge de vingt ans. Ce fut alors qu'il parut à Rome pour la premiere fois, & qu'il fut admis à la faveur d'Auguste. La longue durée des guerres civiles avoit presque dépeuplé les campagnes, & Rome même l'étoit au point, qu’Augufte fe vit menacé de ne régner

sur des déserts & des tombeaux. Une grande partie des terres de l'Italie avoit été partagée entre les soldats, qui s'étoient occupés trop long

que

temps à les ravager pour avoir appris à les cultiver. Il falloit donc ranimer parmi les Romains leur premier amour & leur premier talent pour l’Agriculture. Mécene qui mercoir toute sa gloire à

augmenter celle de son maître & de son ami, engagea Virgile à se charger de cette entreprise. On voit combien les Arts dans les anciens Gouvernemens influoient sur la politique. Réduits chez les peuples modernes à distraire l'oisiveté des riches, à exercer la critique des prétendus Connoisseurs, à exciter l'envie des Artistes, à faire de bas protégés & d'insolens protecteurs, ils étoient chez les Anciens un ressort utile qui remuoit puissamment les esprits de la multitude; & les Orateurs & les Poëtes furent en quelque forte les premiers Législateurs.

VIRGILE employa sept ans à la composition de cet ouvrage. On y reconnoît par-tout le dessein dans lequel il l'avoit composé, & les vues de Mécene; mais on les reconnoît sur-tout dans ces plaintes touchantes sur la décadence de l'Agriculture, qu'on lit à la fin du premier Livre; encore plus dans ce bel éloge de la vie champêtre qui termine le second, & dans lequel Virgile semble avoir réuni toute la force & toutes les graces de la Poésie , pour rappeller les Romains à leur ancien amour de l'Agriculture.

VIRGILE fue le premier parmi les Romains, qui introduisit trois genres de Poésie empruntés de trois fameux Poëtes Grecs, Théocrite, Héfiode & Homere. Théocrite & Homere lui ont toujours disputé la palme, l'un dans le Poëne Pastoral, & l'autre dans le Poëme Épique ; mais il a laissé Héliode bien loin derriere lui dans le Poëme Géorgique. Hesiode étoit plus Agriculteur que Poëte : il songe toujours à instruire & rarement à plaire. Jamais une digression agréable ne rompt chez lui la continuité & ne charme l'ennui des préceptes. Cette maniere de décrire chaque mois l'un après l'autre a quelque chose de trop uniforme & de trop simple, & donne à son ouvrage l'air d'un almanach en vers. On retrouve , il est vrai, la Nature dans sa Poélies mais ce n'est pas toujours la belle Nature. Il n'est pas plus judicieux dans le choix de ses préceptes qui souvent sont entassés sans choix, chargés de détails minutieux, & revêtus d'images puériles. Après tout, il faut regarder son ouvrage comme la premiere esquisse du Poëme Géorgique; l'antiquité de ce monument nous offre quelque chose de vénérable. Mais si nous voulons voir cette esquisse s'agrandir, les figures devenir plus corredes, les couleurs plus brillantes , & le tableau parfait, il faut l'attendre de la main d'un plus grand maître.

Tel est le Poëme de Virgile ; je crois devoir essayer ici de détruire quelques préjugés que j'ai trouvé répandus à ce sujet, même parmi un certain nombre de gens de Lettres & de personnes éclairées. A quoi bon, m'a-t-on dit, traduire un ouvrage plein d'erreurs, écrit sans méthode, & dont le fonds eft peu intéressant ?

1° JE crois que ceux qui regardent les Géorgiques comme un ouvrage rempli d'erreurs, en jugent moins d'après une connoissance exacte de ce Poëme, que d'après la qualité de Poëme & fon antiquité.

On s'imagine d'abord qu'un Poète, même dans une mațiere sérieuse, songe plus à plaire qu'à instruire, & facrifie souvent une vérité ennuyeuse à une erreur agréable. Je crois Virgile absous de cette accusation par le respect avec lequel tous ceux qui, parmi les Romains , ont écrit après lui sur l’Agriculture, parlent de les ouvrages. Pline le Naturaliste s'appuie fouvent sur fon autorités Un pareil suffrage est assurément très-décisif en faveur de Virgile. Si quelqu'un de nos premiers Poëtes avoit écrit sur \'Histoire naturelle, de quel poids ne seroit pas pour lui l'avantage d'être cité par

M. de Buffon? Il est vrai que Virgile n'est point entré dans les détails; il n'a embrasse que les grands principes de l'Agriculture ; & comme ils sont à peu près les mêmes dans tous les temps & dans tous les lieux, c'est une preuve de plus en sa faveur.

ON croit, en second lieu, que l'antiquité de çe Poëme le rend justement suspect d'erreurs. Mais si on veut observer que l'Agriculture étoit, après l'art de vaincre, l'art favori des Romains, qu'ils se vantoient de lui devoir leur grandeur, que l'art le plus honoré est toujours le mieux cultivé, que celui-ci étoit l'occupation de ce qu'il y avoir de plus grand & de plus éclairés si l'on songe de plus que Virgile avoit pu recueillir les observations de plusieurs siecles, s'enrichir des remarques d'une foule d'Écrivains ; on conviendra qu'il est possible que le plus grand Poëte des Romains ait bien écrit sur un art cultivé, dès les premiers temps de la République, par le premier peuple du monde. La lecture de ses ouvrages, jointe à ces présomptions, achevera d'en convaincre ceux qui pourroient en douter.

Je ne vois de repréhensible que quelques vers sur les Lunaisons dans le premier Livre, & quelques morceaux du quatrieme : encore dans celuici les erreurs n'intéressent-elles que les choses de pure curiosité, & la partie physique, sur laquelle les Anciens, faute d'inftrumens propres à obser

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