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roi, ce ne fut qu'une cérémonie de plus et un fantôme de moins : il n'acquit rien par là, que les ornements royaux; il n'y eut rien de changé dans la nation. J'ai dit ceci pour fixer le moment de la révolution, afin qu'on ne se trompe pas en regardant comme une révolution ce qui n'étoit qu'une conséquence de la révolution. Quand Hugues Capet fut couronné roi au commencement de la troisième race, il y eut un plus grand changement, parceque l'état passa de l'anarchie à un gouvernement quelconque : mais, quand Pepin prit la couronne, on passa d'un gouvernement au même gouvernement. Quand Pepin fut couronné roi, il ne fit que changer de nom; mais quand Hugues Capet fut couronné roi, la chose changea, parcequ'un grand fief uni à la couronne fit cesser l'anarchie. Quand Pepin fut couronné roi, le titre de roi fut uni au plus grand office; quand Hugues Capet fut couronné, le titre de roi fut uni au plus grand fief.

CHAPITRE XVII.

Chose particulière dans l'élection des rois de la seconde races • On voit dans la formule de la consécration de Pepin ', que Charles et Carloman furent aussi oints et bénis, et que les seigneurs françois s'obligèrent, sous peine d'interdiction et d'excommunication, de n'élire jamais personne d'une autre race *. Il paroît, par les testaments de Charlemagne et de Louis-le-Débonnaire, que les Francs choisissoient entre les enfants des rois; ce qui se rapporte très-bien à la clause ci-dessus. Et, lorsque l'empire passa dans une autre maison que celle de Charlemagne, la faculté d'élire, qui étoit restreinte et conditionnelle, devint pure et simple, et on s'éloigna de l'ancienne constitution. Pepin, se sentant près de sa fin, convoqua les seigneurs ecclésiastiques et laïques à Saint-Denis', et partagea son royaume à ses deux fils, Charles et Carloman. Nous n'avons point les actes de

1 Tome v des Historiens de France, par les PP. bénédictins, page 9. | * Ut nunquam de alterius lumbis regemin aevo praesumant eligere, sed ex ipsorum. Ibid. p. 1o. * L'an 768.

cette assemblée : mais on trouve ce qui s'y passa dans l'auteur de l'ancienne collection historique mise au jour par Canisius', et celui des annales de Metz, comme l'a remarqué " M. Baluze. Et j'y vois deux choses en quelque façon contraires, qu'il fit le partage du consentement des grands, ét ensuite qu'il le fit par un droit paternel. Cela | prouve ce que j'ai dit, que le droit du peuple, dans cette race, étoit d'élire dans la famille : c'étoit, à proprement parler, plutôt un droit d'exclure qu'un droit d'élire. Cette espèce de droit d'élection se trouve confirmée par les monuments de la seconde race.Tel est ce capitulaire de la division de l'empire que Charlemagne fait entre ses trois enfants, où, après avoir formé leur partage, il dit " que, « si un des « trois frères a un fils tel que le peuple veuille « l'élire pour qu'il succède au royaume de son « père, ses oncles y consentiront. » Cette même disposition se trouve dans le partage que Louis-le-Débonnaire fit entre ses trois enfants * Pepin , Louis et Charles, l'an 837, dans l'assemblée d'Aix-la-Chapelle, et encore dans un

4 T. 11, Lectionis antiquae..

2 Édit. des capit. t. I, p. 188.

* Dans le capitulaire 1 de l'an 8o6, édition de Baluze, page 439, article 5.

* Dans Goldast, Constitutions impériales, t. II, p. 19.

autre partage du même empereur ', fait vingt ans auparavant, entre Lothaire, Pepin et Louis. On peut voir encore le serment que Louis-le-Bègue fit à Compiègne lorsqu'il y fut couronné. « Moi,

« Louis ', constitué roi par la miséricorde de « Dieu et l'élection du peuple, je promets... » Ce

que je dis est confirmé par les actes du concile de Valence ", tenu l'an 89o, pour l'élection de Louis, fils de Boson, au royaume d'Arles. On y élit Louis, et on donne pour principales raisons de son élection, qu'il étoit de la famille impériale *,

que Charles-le-Gros lui avoit donné la dignité de

roi, et que l'empereur Arnoul l'avoit investi par le sceptre et par le ministère de ses ambassadeurs. Le royaume d'Arles, comme les autres, démembrés ou dépendants de l'empire de Charlemagne, étoit électif et héréditaire.

* Édit. de Baluze, p.574, art. 14. Si vero aliquis illorum decedens legitimos filios reliquerit, non inter eos potestas ipsa dividatur, sed potius populus, pariter conveniens, unum ex iis, quem Dominus voluerit, eligat; et hunc senior frater in loco fratris et filii suscipiat.

* Capit. de l'an 877, édit. de Baluze, p. 272.

* Dans Dumont, Corps diplomatique, t. 1, art. 36.

* Par femmes.

CHAPITRE XVIII.

Charlemagne.

Charlemagne songea à tenir le pouvoir de la noblesse dans ses limites, et à empêcher l'oppression du clergé et des hommes libres. Il mit un tel tempérament dans les ordres de l'état, qu'ils furent contrebalancés et qu'il restale maître. Tout fut uni par la force de son génie. Il mena continuellement la noblesse d'expédition en expédition; il ne lui laissa pas le temps de former des desseins, et l'occupa tout entière à suivre les siens. L'empire se maintint par la grandeur du chef : le prince étoit grand, l'homme l'étoit da· vantage. Les rois ses enfants furent ses premiers sujets, les instruments de son pouvoir, et les modèles de l'obéissance. Il fit d'admirables règlements; il fit plus, il les fit exécuter. Son génie se , répandit sur toutes les parties de l'empire. On voit dans les lois de ce prince un esprit de prévoyance qui comprend tout, et une certaine force qui entraîne tout. Les prétextes " pour éluder les * Voyez son capitulaire III, de l'an 811, p.486, art. 1, 2, 3, 4, 5,

6, 7, et 8; et le capit. 1, de l'an 812, p. 49o, art. 1; et le capit. de la même année, p. 494, art. 9 et I I, et autres.

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