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près Auguste dans sa renommée; le véritable trophée de Mécène sera sa fidélité.

Moi non plus je ne vogue pas sur la grosse mer toutes voiles déployées : en sûreté je vais doucement sur un fleuve de peu d'étendue. Je ne déplorerai pas la chute de Thèbes s'écroulant dans les cendres d'une famille, ni ces perpétuels. combats également funestes au vainqueur et au vaincu ; je ne chanterai ni la porte de Scée, ni Pergame, construction d'Apollon, ni le retour après dix ans de la flotte des Grecs, lorsque le cheval de bois dû à l'art de Minerve leur eut donné la victoire et livré au soc de leur charrue les remparts de Neptune. Il me suffit de voir mes vers appréciés avec ceux de Callimaque et de chanter sur le même ton que toi, ô poète de Cos. Que mes écrits enflamment et les jeunes garçons et les jeunes filles, qu'eux tous me proclament dieu et m'honorent de leur culte.

Cependant, si tu vas en avant, je chanterai les combats de Jupiter, Céus menaçant le ciel, Oromédon sur les monts phlégréens. Je dirai notre superbe Palatin dont autrefois les boeufs des Romains paissaient l'herbe, et nos murs cimentés par le meurtre de Rémus après que les deux frères jumeaux eurent été allaités par une sauvage mamelle. Mon génie grandira sous tes ordres. Je suivrai, des rivages du Couchant à ceux de l'Orient,le char triomphal d'Auguste, les Parthes renonçant désormais à lancer des traits dans une fuite insidieuse, les camps de Péluse rasés par l'épée de Rome, et Antoine tournant contre lui-même une main homicide.Toi qui voulus bien protéger ma jeunesse, prends les rênes flexibles de mon char, et dès qu'il sera dans la carrière, donne-moi le signal.

(2) Var.: mollis.

1

CCCVII

A Postumus.

Postume, plorantem potuisti linquere Gallam,
Miles et Augusti fortia signa sequi ?
Tantine ulla fuit spoliati gloria Parthi
Ne faceres Galla multa rogante tua?
Si fas est, omnes pariter pereatis, avari,
Et quisquis fido prætulit arma toro!
Tu tamen injecta tectus, vesane, lacerna
Potabis galea fessus Araxis aquam.
Illa quidem interea fama tabescet inani,
Hæc tua ne virtus fiat amara tibi,
Neve tua Medæ lætentur cæde sagittæ
Ferreus aurato neu cataphractus equo,
Neve aliquid de te flendum referatur in urna.
Sic redeunt illis qui cecidere locis.
Ter quater in casta felix, o Postume, Galla,
Moribus his alia conjuge dignus eras.
Quid faciet nullo munita puella timore,
Quum sit luxuriæ Roma magistra suæ ?
Sed securus eas; Gallam non munera vincent,
Duritiæque tuæ non erit illa memor.

Nam quocumque die salvum te fata remittent,
Pendebit collo Galla pudica tuo!

Prop., III, 12, v. 1-22.

CCC VIII

Sur la mort de Marcellus.

At nunc invisæ magno cum crimine Baiæ,
Quis deus in vestra constitit hostis aqua?
His pressus Stygias vultum demersit in undas,
Errat et in vestro spiritus ille lacu.

(1) Var.: facias.

CCCVII

(Tom. II, p. 573.)

O Postumus, as-tu pu quitter Galla en pleurs pour suivre à la guerre les puissants étendards d'Auguste ? As-tu mis tant de prix à la gloire de partager les dépouilles des Parthes, que tu te sois décidé malgré les prières réitérées de ta Galla? Puissiez-vous, s'il est possible, ô avares, périr tous d'une même mort et avec vous quiconque a préféré les armes à la couche d'une fidèle épouse! Tu iras donc, insensé, vêtu d'un lourd manteau, harassé de fatigue, boire dans ton casque l'eau de l'Araxe. Et pendant ce temps Galla séchera de douleur, au milieu de fausses alarmes, craignant que ta valeur ne te devienne fatale, que les flèches des Mèdes ne se plongent avec délices dans ton sang, que leurs cavaliers bardés de fer ne te foulent aux pieds de leurs chevaux caparaçonnés d'or, et qu'on ne lui rapporte à pleurer quelques restes de toi recueillis dans une urne; car ainsi reviennent ceux qui succombent en ces contrées.

Époux trop heureux de la chaste Galla, ô Postumus, tu n'étais pas digne, avec tes sentiments, d'une pareille épouse. Que va-t-elle faire, jeune femme abandonnée à elle-même, dans Rome, cette école de dissolution? Pars tranquille cependant; pour Galla les présents n'auront point de séduction; elle oubliera la dureté que tu as témoignée; et si tardivement que le destin puisse te ramener sain et sauf, c'est toujours pure que Galla viendra se suspendre à ton

cou.

CCCVIII
(Tom. 11, p. 576.)

O Baïes, qu'un grand forfait rend désormais odieuse, quelle divinité ennemie s'est donc fixée sur tes eaux? C'est toi qui viens d'engloutir dans le Styx le corps de Marcellus et lui n'est plus qu'un souffle errant autour de tes

(2) Var.: pereantur....

Quid genus, aut virtus, aut optima profuit illi
Mater et amplexum Cæsaris esse focos?
Aut modo tam pleno fluitantia vela theatro,
Et per maternas omnia gesta manus?
Occidit, et misero steterat vigesimus annus:
Tot bona tam parvo clausit in orbe dies.
I nunc, tolle animos, et tecum finge triumphos,
Stantiaque in plausum tota theatra juvent;
Attalicas supera vestes, atque omnia magnis
Gemmea sint ludis: ignibus ista dabis.

Sed tamen huc omnes; huc primus et ultimus ordo:
Est mala, sed cunctis ista terenda via est.
Exoranda canis tria sunt latrantia colla;
Scandenda est torvi publica cymba senis.
Ille licet ferro cautus se condat et ære:
Mors tamen inclusum protrahit inde caput.
Nirea non facies, non vis exemit Achillem,
Croesum aut Pactoli quas parit humor opes.

Prop., III, 18, v. 7-28.

CCCIX

Le berceau de Rome.

Hoc quodcumque vides, hospes, qua maxima Roma est,

Ante Phrygen Eneam collis et herba fuit:
Atque ubi Navali stant sacra Palatia Phœbo',
Evandri profugæ concubuere boves.
Fictilibus crevere deis hæc aurea templa;
Nec fuit opprobrio facta sine arte casa;
Tarpeiusque pater nuda de rupe tonabat,
Et Tiberis nostris advena bubus erat.

(1) Temple élevé par Auguste en souvenir de la victoire d'Actium.

sources. Que lui ont servi sa naissance, sa vertu, la meilleure des mères et son entrée dans la famille de César? Ou bien encore ces velums flottant sur nos têtes dans son théâtre, si fréquenté et toutes les belles choses dues à l'intervention maternelle ? Il est mort, l'infortuné! et à peine s'achevait sa vingtième année: un seul jour a clos dans un si court espace une si belle destinée!

Allez donc maintenant, élevez votre orgueil, rêvez de triomphes, plaisez-vous aux applaudissements que vous donne au théâtre un peuple se levant tout entier devant vous; renchérissez sur les magnificences d'Attale et dans les grandes fêtes étalez l'éclat des pierreries: d'un bûcher tout cela sera la proie. C'est là, en effet, que nous marchons tous, c'est là que vont se confondre premiers et derniers rangs; voyage affreux mais qu'il faut que chacun fasse ! Nous aurons tous à fléchir le chien aux trois gueules, à monter dans la barque commune du vieux et farouche nocher. Cherchez à vous garantir sous le fer et l'airain, la mort malgré tout vous atteint dans l'armure qui vous cache. Ni la beauté de Nirée, ni la valeur d'Achille, ni l'or que roulent pour Crésus les eaux du Pactole, rien n'en exempte.

CCCIX
(Tom. II, p. 588.)

Tout cet espace que ton regard embrasse, étranger, cette grande ville de Rome, ne fut, avant le Phrygien Énée, qu'une colline et de l'herbe. Dans ce lieu où se dresse le temple sacré d'Apollon Naval sont venus se coucher fatigués les troupeaux fugitifs d'Évandre. D'argile étaient les dieux auxquels ont été élevés ces temples d'or; ils ne dédaignaient pas pour demeure une cabane bâtie sans art; c'était du haut d'une roche nue que tonnait Jupiter Tarpéien ; et les rives du Tibre n'étaient pas connues de nos bœufs. Là où les Degrés ont vu s'élever le palais de Rémus, jadis un seul et même foyer formait tout l'empire des deux frères.

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