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comme celles qui regardent les Brigands, les Castrats, les Funérailles, attendu que les mœurs napolitaines mettent seules la dernière main à tous ces détails. Quand l'origine d'un abus, d'un crime, d'une abomination est à Rome, les résultats se trouvent souvent à Naples. Si dans cette dernière ville sont établis les amphithéâtres où l'on mutile les hommes pour leur donner de belles voix, c'est parce que le pape recherche ces belles voix pour ses églises ; et si l'on a perfectionné au pied du Vésuve l'horrible recette de l'Aqua-Tofana, c'est parce qu'on a souvent employé ce poison sur les bords du Tibre.

Je n'exagère donc point en affirmant que les mœurs de Naples se lient aux mœurs de Rome comme les conséquences se rattachent ǎ leur principe.

Ce n'est qu'à Naples qu'on peut se faire une idée de toute l'influence du charlatanisme sacerdotal sur la destinée d'un peuple. Certes, je ne prétends pas ravir à Rome ino

derne son titre incontestable de capitale du fanatisme ; mais, de même que les villes manufacturières exportent aux colonies une foule d'objets à peine ébauchés dont ne voudrait pas la métropole, ainsi Rome expédie pour Naples une immense quantité de superstitions de pacotille qui seraient dédaignées des Romains. Mais il n'est pas de denrées superstitieuses, quelque dégoûtantes qu'elles soient, qui ne trouvent de nombreux consommateurs à Naples. Voilà pourquoi j'ai dit et prouvé dans ces Tablettes que le Romain actuel, comparé au Napolitain, semble un esprit-fort.

Ce qui donne encore une importance didactique aux mœurs napolitaines, c'est que l'on y trouve la fusion des mœurs grecques et égyptiennes; la coutume des momies s'est perpétuée à Naples, comme le prouve le chapitre intitulé : Fête des Morts, et, chose étonnante, l'on n'a presque rien écrit sur ce pays, quoique par les phénomènes physiques

et les étrangetés morales qu'il présente, il soit fait pour piquer la curiosité, plus qu'aucun autre pays de l'Italie et peut-être du monde entier.

Pour prémunir le public contre les ruses frauduleuses dont se servent certains libraires qui vendent sous mon nom des Tablettes Anglaises et autres pitoyables compilations du même genre, je crois devoir prévenir mes lecteurs que je ne reconnais pour miennes que les Tablettes Romaines, Napolitaines, et Parisiennes.

TABLETTES

NAPOLITAINES.

DIORAMA

DES ENVIRONS DE NAPLES.

Oui j'en jure et Virgile et ses accords sublimes,
J'irai, de l'Apennin je franchiai les cimes;
J'irai, plein de son nom, plein de ses vers sacrés,
Les lire aux mêmes lieux qui les ont inspirés.
DELILLE

LES sermens des poëtes ressembleraient-ils à ceux des joueurs ou des diplomates ou des ....? car Delille n'a pas franchi les Apennins : combien ne doit-on pas regretter que cet amant passionné de la nature ne l'ait pas vue à Naples dans toute sa virile majesté et

parée de toutes les grâces d'une éternelle

jeunesse !

Hic ver assiduum atque alienis mensibus æstas.

Si Delille avait écrit ses vers en présence, et, pour ainsi dire, sous la dictée des beaux sites chantés par Virgile, peut-être, recevant des inspirations analogues à celles du poëte latin, eût-il conquis l'Énéide à la langue française, comme il lui avait déjà conquis les Géorgiques. La poésie des lieux féconde la poésie des pensées; les muses ne font résonner leurs lyres que sur l'Hélicon; le point élevé d'où l'on contemple les merveilles de la terre et du ciel, est, pour un enfant d'Apollon, le trépied sacré.

Telles sont aujourd'hui mes réflexions au sommet du promontoire qui, le fort SaintErme sur sa tête, le fort de l'OEuf1 à ses pieds, divise la ville de Naples en deux par

C'est au fort de l'OEuf que le jeune Augus tule, dernier empereur de Rome, fut enfermé par Odonere, roi des Hérules, l'an 476.

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